Un peu d’histoire

L’Académie du Concert de Lyon, société musicale qui, sous le titre d’ Académie des Beaux-Arts ou d’Académie du Concert, fondée en 1713 par Nicolas-Antoine Bergiron du Fort-Michon, fils d’un négociant lyonnais , copiste et compositeur, et Jean-Pierre Christin, bibliothécaire, connu pour ses travaux scientifiques et ses recherches sur les thermomètres à mercure, allait vivre pendant presque soixante-dix ans. Cette Académie n’était à l’origine qu’une société d’amateurs, de beaux esprits, de savants, d’artistes et de notables « qui avaient du goût pour la musique » et qui se réunissaient une fois par semaine pour le plaisir de jouer. Elle regroupait ainsi un certain nombre de chanteurs et d’instrumentistes amateurs qui interprétaient, avec le concours d’artistes professionnels, un vaste répertoire à la fois vocal et instrumental, en particulier des grands motets et des extraits d’opéras alors si négligés par le théâtre de Lyon. La création de cette académie, dont les concerts allaient vite devenir l’une des composantes principales de la vie musicale lyonnaise, était alors un événement d’importance pour la ville.

Les quelques copies des parties séparées de la bibliothèque du Concert nous permettent de nous représenter la composition de cet orchestre d’une trentaine de musiciens. Au côté des violes, violons, flûtes, hautbois et violoncelles se trouvaient probablement les guitares et les luths tenus par les amateurs, formant ainsi un ensemble d’une trentaine de musiciens. Le serpent dont on vantera encore le son cinquante ans plus tard et la musette, dont les partisans étaient nombreux dans la ville, complétait peut-être la formation. La légendaire trompette marine, autre instrument oublié que nous savons de façon certaine très répandue à Lyon à la fin du XVIIe siècle et au commencement du XVIIIème, avait la force d’une trompette de bouche, la douceur d’une flûte et l’harmonie d’un clavecin. Bien des fois, les « bruits de guerre » furent réalisés sur le grand monocorde, si peu guerrier. L’orchestre était aussi complété selon les besoins par les trompettes et quelques instruments à percussion tels que les timbales et tambours, directement payés par le capitaine des forces de la ville. 

Le choeur, entre vingt et trente choristes, était composé de six femmes pour les dessus et le reste d’hommes pour les parties de Hautes-contre, tailles, basses-taille et basses-contre. On dit que beaucoup d’artistes supportaient mal le brouillard et l’humidité de la ville ; « tout le monde sait que les belles voix sont rares à Lyon et que notre climat leur est très défavorable ». On sait également quelle difficulté éprouvaient les sociétés chorales lyonnaises à recruter leur personnel mais les choeurs de l’opéra étaient un vivier de chanteurs talentueux qui venaient renforcer les rangs. Les récitants (solistes) étaient mêlés aux choristes, venant parfois des villes avoisinantes.

C’est à la tête de ces troupes bien disparates et recrutées dans la haute bourgeoisie, la noblesse et le clergé, que se plaça, dès le début, le jeune et ardent Nicolas Bergiron du Fort-Michon.

Le répertoire des concerts, essentiellement Français, était varié: Lully, Campra, Estienne, Desmarets, Destouches sont d’abord au programme, puis Rameau, Dauvergne, Philidor, Gluck, etc. On donne également des ballets, des divertissements, des cantates italiennes et françaises, des oratorios, des motets, des romances mais aussi de la musique de chambre. L’Académie voyait ses concerts ordinaires fréquentés non seulement par la famille de Villeroy, mais aussi par le Prévôt de Marchands et les Échevins de la ville.

Les Académiciens n’allaient pas tarder à user de la protection du Consulat pour établir définitivement et de façon grandiose leur société musicale. Ils voulaient, à la fois, obtenir, du Roi, des Lettres-Patentes consacrant officiellement l’entreprise, et du Consulat, l’autorisation de construire un hôtel particulier réservé à leurs concerts et à leurs délibérations. La ville fit édifier en 1724, place des Cordelier côté Rhône, l’Hôtel du Concert, sur des plans de l’architecte Milanais Federico Pietra Santa. C’était une salle pouvant contenir environ deux cent cinquante places. Ils établirent également des statuts qui servirent de modèle à toutes les Académies de musique fondées plus tard dans les grandes villes du royaume !

En 1736, L’Académie du Concert  se transforme complètement. Désormais constituée exclusivement d’excellents chanteurs et musiciens professionnels tels que Jean-Marie Leclair le second (frère de l’illustre danseur, compositeur et violoniste Jean-Marie Leclair l’Ainé dont leur père, Antoine, maître passementier mais aussi maître à danser et joueur de basse de violon, jouait dans l’orchestre du Concert de l’Académie des Beaux-Arts de Lyon) engagés par le Consulat lui-même. L’orchestre se débarrassa de tous les instruments parasites imposés par certains Académiciens et devint alors une formation fameuse, de fréquentation recherchée, protégée par les autorités, archevêque compris, et évolua rapidement.  

A partir de 1739, l’Académie du Concert de Lyon  connaît sa période la plus active : exploitant le privilège théâtral, elle donne des concerts spirituels et des bals dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, présente à nouveau régulièrement des opéras sur la scène de théâtre et termine toujours ses concerts par un motet à grand choeur.

Les concerts organisés entre 1759 et 1773, connus grâce aux Affiches de Lyon, s’inscrivent dans la dernière période faste d’activité de l’institution. Malheureusement les difficultés financières, la succession rapide de plusieurs maîtres de concert et la multiplication du nombre d’œuvres exécutées dans chaque concert vont hâter la chute de cette académie musicale. Aucune autre société artistique lyonnaise ne sera par la suite en mesure d’organiser des concerts réguliers dans la ville avant la Révolution et n’en possédera la vitalité.

L’Hôtel du Concert, après la période révolutionnaire, ne fut pas racheté par la ville ; devenu maison d’habitation, il fut démoli en 1856, lors de la transformation de la place des Cordeliers. Il faudra attendre plus de cent ans avant que Lyon ne possède à nouveau une salle de concerts. Pendant tout le XIXe siècle, les sociétés musicales durent se contenter de petites salles insuffisantes ou demander un abri aux cirques et aux cafés concerts.